N°3
27 mars 2019

 



Alors que la Semaine de la presse et des médias dans l’école® se prolonge, l’activité des médias scolaires bouillonne dans toutes les académies. C’est un reportage radio qui a retenu les oreilles de la chronique ce mois-ci, un reportage spontané et frais qui pose modestement mais avec beaucoup d’acuité la question de l’égalité entre les sexes. C’est aussi un travail modeste mais persévérant que mène chaque semaine Vécu carcéral, le journal de la maison d’arrêt de Villepinte. Hervé Chalton, professeur documentaliste, explique comment se fait le travail avec les détenus mineurs au sein de l’atelier journal qu’il a contribué à fonder. Les sujets qui ont beaucoup intéressé les élèves ce mois-ci sont, bien sûr, la lutte contre le changement climatique, mais aussi les rumeurs en ligne et le port de l’uniforme au lycée. Pour les filles comme pour les garçons.

 

 


LE SUJET COUP DE CŒUR

Un cross pour les filles, un cross pour les garçons ? 
 


Au cross du collège Alain de Crozon (Académie de Rennes), filles et garçons courent séparément, sur des distances différentes. Est-ce que c’est normal? Qu’en pensent les élèves, les enseignants? La jeune reporter Natasha est allée poser la question autour d’elle. «Etre égaux, est-ce que ça veut dire être pareils, être capable de faire les mêmes choses?» Si tous ont quelque chose à dire, les avis sont partagés. Etre une fille, c’est quoi? «C’est le rouge à lèvres, le maquillage, la coiffure, le style quoi!» Etre un garçon, c’est quoi? «Il se croit toujours le meilleur!» Là c’est une fille qui parle. Un de ses camarades avoue pourtant que la non-mixité de ces deux courses à pied a peu de sens pour lui: «Les filles peuvent être plus rapides que les garçons. Eva par exemple, elle est plus rapide que moi; et pourtant moi je suis un garçon et elle c’est une fille. Je trouve ça idiot, moi.» Un joli reportage à écouter sur Zone d'écoute, la radio du collège. 

 


ZOOM SUR UN MÉDIA SCOLAIRE

Vécu carcéral
 


Depuis 2011, le journal Vécu Carcéral, réalisé dans le cadre d’un atelier hebdomadaire, donne la parole aux détenus mineurs de la Maison d’arrêt de Villepinte (93). Dans son dernier numéro, daté du mois de décembre, le journal aborde par exemple le thème des prisons ouvertes, en évoquant l’histoire carcérale et notamment Alcatraz, le travail des enfants ou encore l’obsolescence programmée, mais aussi de l’écriture plus intime, où les jeunes évoquent leur vie et leur parcours. 

Entretien avec Hervé Chalton, professeur documentaliste à l’origine de ce projet.

 
Comment est né Vécu carcéral?
 
Je suis titulaire au lycée et vacataire une fois par semaine à la maison d’arrêt de Villepinte. J’ai commencé là-bas en 2009. J’y suis trois heures le mardi matin. Au départ, il s’agissait de donner des cours d’histoire-géo. En 2011, on a monté un projet pour travailler autrement avec les détenus. On s’est dit qu’on allait monter un atelier pour donner de l’ouverture, donc travailler sur l’information et pourquoi pas en produire. On a commencé avec quatre pages, aujourd’hui on en fait huit.

 
Quel est votre public? 
 
Nous faisons deux ateliers de 1h30 avec deux ou trois élèves en général, cinq au maximum. Ce ne sont que des garçons, des détenus mineurs de 13 à 18 ans.  Ils ont une obligation scolaire, certes, mais on ne peut pas les forcer à venir à l’atelier, ça n’a pas d’intérêt s’ils n’ont pas envie. On essaie de les convaincre. L’un des grands inconvénients de l’atelier, c’est celui de la régularité de la fréquentation. La durée moyenne d’incarcération, c’est entre deux et trois mois. Selon les élèves, elle peut être très courte. Parfois des élèves restent sur l’année, si leur peine est longue. On essaie d’adapter nos séances en fonction de ces contraintes. Un détenu qu’on voit une seule fois, on essaie de lui fixer un objectif sur la séance.  

 
Comment travaillez-vous?
 
Souvent, les jeunes ne s’intéressent pas à grand-chose à part ce qu’ils connaissent déjà. En atelier, j’amène des documents d’information, des journaux comme Le Parisien par exemple, des vidéos… On se pose des questions sur les sujets, les choix qui ont été faits. Certains détenus sont très réticents à travailler, voire mutiques, mais il y en a aussi de très volontaires. Quand ils ont la télévision dans leur cellule, ils regardent parfois des chaînes d’information en continu, et on peut travailler à partir de là. Quand ils bloquent vraiment avec la lecture, on travaille aussi avec des vidéos de 1jour1actu ou de Brut, qui sont courtes, factuelles et incisives, et leur paraissent plus attrayantes.
On choisit un sujet sur lequel travailler. Il est arrivé qu’on fasse une page sur un grand criminel, cela crée une certaine dynamique, mais on a aussi travaillé sur le développement durable par exemple. Ce sont aussi des élèves qui ont besoin de s’exprimer sur ce qu’ils vivent. Par exemple, on leur a demandé d’aller dans leur cellule et de prendre en photo un objet qui leur tient à cœur dans cette période d’incarcération.

 
Dans quelles conditions se passe la production du journal? 
 
On a une petite salle au milieu des cellules et des coursives, ce qui fait qu’il y a du bruit autour de nous, un fond sonore. Nous avons deux salles de cours, chacune avec cinq ordinateurs. Nous mettons en page le journal avec le logiciel Publisher. Les élèves peuvent taper leurs articles et faire un peu de mise en page, même si c’est moi qui fignole. Ensuite, c’est à Fresnes qu’ils s’occupent de l’impression. Il y a eu deux numéros l’an dernier, trois cette année. Il arrive que les détenus soient sortis avant que le journal ne paraisse. Pour ceux qui sont encore là, certains sont ravis d’avoir produit quelque chose, d’autres ne veulent pas que leur prénom apparaisse dans l’article. La plupart du temps, les réactions sont très positives, d’autant plus que le journal est assez primé dans les concours. 
 

 

 


LA SÉLECTION DU CLEMI

L’homme qui enterre les migrants

C’est une rencontre touchante que présentent les élèves du lycée français Gustave Flaubert de Tunis. Pour leur journal Feuille de cailloux, ils ont longuement interviewé Chamseddine Marzoug, un homme qui s’est donné pour mission d’offrir une sépulture aux migrants décédés en mer, échoués au large de Zarzis. Des morts à qui le vieux pêcheur consacre aujourd'hui sa vie.  

 
 
Tenue réglementaire exigée
 
Peut-on mettre des pantalons troués au lycée? Les élèves du lycée Henri Sellier de Livry-Gargan (Académie de Créteil) se penchent sur la question de l’uniforme, en allant voir ce qui se fait ailleurs, et en donnant la parole aux élèves et aux enseignants. La question de savoir qui a vraiment lu le règlement intérieur du lycée réserve d’ailleurs quelques surprises aux jeunes reporters du Grain de Sell'. 
 
 
Reportage radio sur la planète
 
Ramasser un maximum de déchets, venir en vélo, remplacer sa bouteille plastique par une gourde… Le 15 mars, à l’occasion de la journée de mobilisation pour le climat, des élèves de quatrième du collège Lucie Aubrac de Tourcoing (Académie de Lille) ont lancé des défis écolos à leurs camarades. La radio Luciesphère raconte cette mobilisation. 
 
 
Momo Challenge et la rumeur
 
Les élèves du collège Amboise Paré du Mans (Académie de Nantes) voulaient mettre en garde contre le «Momo challenge», ce jeu de défis dangereux envoyés via Whatsapp qui aurait entraîné des suicides d’adolescents. Sauf qu’en lisant Lemonde.fr, ils comprennent qu’il s’agit en réalité d’une rumeur… Ils en tirent un intéressant regard sur la psychose collective. 
 
 
 
Le dessin du mois
 
Gilet jaune, gilet vert, féministes en violet, orange pour les bouddhistes… Le petit chat Crapulax dessiné par Marie Ternoy dans le P'tit Forest (Jessé-de-Forest, Académie de Lille) en perd son dressing.

 


Chronique rédigée par Sophie Gindensperger (avec Pascal Famery)

 


-