Chronique des médias scolaires, hors-série spécial confinement

Lorsque, le 12 mars dernier, le président de la République annonce la fermeture jusqu’à nouvel ordre des établissements scolaires, la joie des élèves libérés qui se diffuse avec humour sur TikTok ne dit pas forcément l’angoisse de ces derniers face à cette situation inédite. Tout seul chez soi, avide de savoir ce qui se passe à l’extérieur, on n’a jamais autant eu besoin d’informations, mais aussi de s’exprimer, de communiquer. On mesure dans ce contexte l’importance des médias scolaires : permettre aux élèves de s’exprimer sur la crise sanitaire en cours et toutes les questions qu’elle soulève, de réfléchir au monde qui les entoure, mais aussi de créer un vrai lien avec ses camarades de classe eux aussi confinés, d’échanger sur les devoirs à faire à la maison et sur une vie scolaire en pleine ébullition.

Les enseignants et reporters en herbe n’ont pas tardé à s’organiser, et les journaux en ligne, émissions de radio et WebTV consacrés au coronavirus ont afflué. Ne manquant jamais de créativité, voici les élèves devenus chroniqueurs de leur propre confinement, mettant des mots sur leur quotidien, un temps nécessaire avant de s’ouvrir à celui des autres. On rivalise donc de conseils pour bien vivre cette période, on évoque les fake news sur l’épidémie, on se tourne vers la parole des parents, avant, finalement, que l’on s’habitue, et que l’on recommence, doucement, à parler d’autre chose.


 


LE SUJET COUP DE CŒUR

Des duplex inattendus
 


Le coup de cœur de cette chronique spéciale confinement va au Journal Web du collège Jean Lartaut de Jarnac (Académie de Poitiers). Dans leur édition du vendredi 10 avril (la troisième depuis le début du confinement), les deux présentateurs Clément et Mathéo donnent la parole à leur principal, au maire de Jarnac, aux parents d’élèves, mais aussi à une journaliste en télétravail. Ils prennent aussi des nouvelles du confinement de leurs correspondants dans toute l’Europe : Espagne, Allemagne, et même Malte. Il y a plein d’énergie, de savoir-faire et d’idées dans ce JT bien construit, informatif et créatif. Pour voir les épisodes précédents, leur chaîne Youtube est ici. 

 


ZOOM SUR UN MÉDIA SCOLAIRE

Un blog dédié à nos vies confinées


Une école qui ferme, et un blog qui ouvre. Le 14 mars, alors que les établissements scolaires étaient mis à l’arrêt par le confinement généralisé, les élèves de deux classes de 4ème du collège Dulcie September d’Arcueil (Académie de Créteil) ont été invités par leur professeure de français, Marie Huet, à poursuivre le travail sur la presse entamé en classe à travers un blog dédié au coronavirus et à cette période de confinement. Chaque jour, plusieurs textes écrits par les élèves racontent les angoisses et les nouvelles routines, ou interviewent des proches… L’enseignante nous partage les coulisses des Chroniques d'un collège fermé. 

 

Pourquoi avez-vous lancé ce blog?
 
C’est venu un peu spontanément au milieu de nulle part. L’idée m’est venue le samedi qui a suivi l’annonce d’Emmanuel Macron, parce qu’on travaillait sur la presse. Tous les ans, à l’occasion de la Semaine de la Presse et des Médias dans l’École, je travaille sur ce sujet avec mes deux classes de quatrième. J’ai donc envoyé un message à tous les élèves et parents via Pronote. Restait à savoir s’ils allaient tous avoir l’info, mais au bout d’un moment, ça s’est propagé. Pour le site, j’ai repris celui sur lequel on avait travaillé l’an dernier et je l’ai adapté.

 
Quelles sont les consignes pour les élèves? 
 
On a une salle de rédaction cachée, un padlet, qui sert de salle de pilotage. Il y a à la fois des consignes générales, et parfois des consignes ad hoc. Certains sont à l’aise là-dessus, d’autres préfèrent communiquer par mail. Je reçois les textes, je corrige les fautes moi-même car je trouve que c’est difficile de faire des allers-retours dans la situation actuelle, et je les publie. Je gère le flux des articles, donc parfois j’en garde en réserve.
 

Les articles, au début, n’étaient pas signés, pour quelle raison?

 

Au moment de publier les premières chroniques, je n’étais pas bien renseignée et je n’étais pas sûre ce que j’avais le droit de mettre. Et puis, comme il y a des récits assez personnels, j’ai préféré le faire comme ça, pour ne pas qu’ils se sentent inhibés ou embêtés d’avoir été reconnus. Comme en plus je n’avais pas eu l’occasion d’en parler avec eux face à face,  c’est comme ça que ça s’est fait. Désormais, ils signent d’une initiale.

 

La plupart des récits sont plutôt intimes, avec quelques articles plus ouverts sur l’information extérieure. Ont-ils des consignes particulières là-dessus? 

 

En ouvrant le blog, je n’étais pas trop dans un esprit informatif, je trouve que des infos on en a toute la journée, je pensais plutôt à avoir leur point de vue. Par contre, j’aime bien l’idée de varier les formats, et je les encourage à faire des interviews. Je les incite à varier sur la forme, pas forcément dans le ton. S’ils sont en panne d’inspiration, je les incite à raconter leur journée, ce qu’ils pensent, ce qu’ils font. J’ai très peu filtré, je ne corrige que l’orthographe. Sauf quand des élèves m’ont envoyé des textes relayant des fake news ou des erreurs, par exemple sur un couvre-feu généralisé en France. J’essaie de beaucoup correspondre avec eux, mais parfois c’est difficile d’avoir un feed-back. 

 

Est-ce que tous les élèves participent? 

 

Au début il y avait un peu les mêmes, surtout des filles. J’ai des contributeurs très réguliers, d’autres plus occasionnels, mais aujourd’hui deux tiers de mes élèves ont écrit plus d’un article. 

 

 

 
 

LA SÉLECTION DU CLEMI

Les bons conseils

C’est sous un angle très pratique que les élèves du collège Diderot d'Aigueperse (Académie de Clermont-Ferrand) abordent le confinement, qui y consacrent un dossier spécial à l’aide de textes ou de petites vidéos : comment aider son petit frère ou sa petite soeur à continuer de faire du vélo à l’intérieur, ou encore utiliser les bons raccourcis clavier...

 

Confiné, mais pas déprimé

Douaa l’avoue sans détour : elle n’a pas résisté à l’épidémie de fake news qui a accompagné celle du coronavirus. En racontant son expérience dans le hors-série spécial du collège Edgar Quinet de Marseille, “Confiné mais pas déprimé”, elle donne à son lecteur une analyse de toutes les étapes qui aboutissent à la dissémination d’une rumeur (un post malintentionné, une réaction épidermique, le besoin de partager). Mais forte des anticorps fournis par sa professeure et désormais bien armée contre les rumeurs qui jadis la faisaient bondir de sa chaise, elle en tire avec beaucoup d’humilité toutes les leçons pour la suite. A lire ici.  

 

Le virus sous tous les angles

S’il fallait faire une démonstration de comment on décortique tous les angles d’un sujet, on pourrait prendre le sommaire de cette émission spéciale de RBJ, la radio de l’école Bouloux de Poitiers : on décrypte les virus, on fait un focus sur le pangolin, et on cherche des activités de confinement.  

 

Fake news décortiquées

Le lycée Marie-Curie de Nogent-sur-Oise s’est retrouvé fermé très tôt, car situé dans le premier cluster. Cela n’a pas empêché sa radio, qui fête ses dix ans cette année, de se lancer dans une émission spéciale, dès le 21 mars. On y retrouve des infos, des fake news décortiquées, et des témoignages de profs et d’élèves dans lesquels chacun pourra se retrouver. A écouter ici.   

 

Nos journées confinées

C’est quoi la journée des élèves confinés? "Dans le studio d'Emilie", la webradio du collège Emilie du Châtelet à Deuil-la-Barre (académie de Versailles), continue pendant le confinement de donner la parole aux élèves, sous la houlette de leur professeure documentaliste. Où l’on n’a pas peur de dire que l’on se lève à midi. A écouter ici.


Les dates du concours de médias scolaires Médiatiks ont été décalées, retrouvez-les ici.

 

 


Chronique rédigée par Sophie Gindensperger


 


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